Quand la chair branle le métal ! (Flesh Factory Festival)

13 Sep

A Charleroi aussi, des projets innovants sont portés par des associations et des A.S.B.L. qui veulent faire de notre ville un lieu de rencontres, et permettre aux différentes cultures de se rejoindre.

Cette fois, c’est le Rockerill qui a mis son grain de poivre au service de la culture, via le Flesh Factory Festival.  Ce samedi 5 septembre, il accueillait des artistes autour d’un thème opportun : le rapport entre la chair et le métal.

L’événement a attiré de nombreux spectateurs : des curieux, des habitués heureux d’être chez eux, des familles ou encore des amateurs d’une expression moderne et alternative.  Bref, c’est une foule bigarrée qui a arpenté le sol de la Providence ce samedi, récompensant les efforts des organisateurs, et prouvant l’intérêt de la grande famille carolorégienne pour la culture sous toutes ses formes.  La programmation était tellement étonnante et débordante d’énergie que le public a pu ressentir cette vibration électrisante : un plaisir amplifié pour les connaisseurs ; la découverte d’un univers peu connu pour les autres.

Pour illustrer le thème alléchant du rapport entre la chair et le métal, des personnages inhabituels ont occupé l’entièreté de ce patrimoine industriel.  D’une salle à l’autre, le martellement nous a ramenés aux origines des lieux : rythmes, hurlements, résonances…  Les fantômes du passé sont sortis des cœurs rougeoyants des souffleries pour se mêler aux spectateurs et aux artistes, et inspirer les musiciens en insufflant cette âme qui fut jadis la leur.  On a envie de leur crier « MERCI », à ces artistes forgerons qui ont permis au site de garder sa valeur… et qui nous font partager leur passion.

Ils ont d’ailleurs peuplé l’usine de leurs œuvres : une araignée, une mante religieuse, un scorpion ou encore un alien, qui semblaient prêts à se fondre sur le public, comme sur une proie.

Baignés dans cette ambiance, nous avons vogué à la première scène où s’exprimait une femme marin accordéoniste, charmée par la danse ondulatoire d’une sirène sans organes, mais aussi belle que dans les légendes.

Ensuite, une troupe d’hurluberlus pornographes a pris place, pleine de facéties, pour grogner borborygmes et gargouillis digne des pires chansons paillardes, et se répandre avec des intentions de viols collectifs à tendance « partouseurs ».  La vulve happe son public, la peau de vache exhibe ses pis, la grosse pute Lulu débauche monsieur-tout-le-monde, pendant que les deux macs les excitent.  Plongé dans le noir, le public observe, crie ou frôle les artistes. Ceux-ci le laissent se replier, dans un dernier cri orgasmique.

Escortés par Clitoris, le chien de la maison, on est ensuite montés d’un échelon.

Autour d’une colonne d’étuis de violons, un élégant homme masqué se préparait à sonder le métal d’une caisse métallique au moyen de son détecteur. Tirant un son magnifié, rythmé par les impulsions et trituré par les pédales à effets, ce gentleman nous a transportés dans son monde peuplé d’échos modulés. Il a joué en boucle des effets sonores provoqués par les va-et-vient de son détecteur au-dessus de la caisse métallique, en les travaillant méticuleusement

Après cette symbiose, son masque a fait place à d’autres : ceux de satyres criards et endiablés répandant le chaos dans le public. Avec des instruments de musique en guise d’armes, ils canardaient et bombardaient les spectateurs d’invectives sonores, leur jetaient des projectiles, tout en leur offrant des tranches de jambon en sifflant le thème bien connu des publicités Herta.

Une présentation de scènes trashs singeant des comportements humains décadents meublait les contours de notre chemin vers le « glory-hall ». Une vraie maison de l’horreur, mise en place pour confronter l’homme à des représentations brutales et explicites de certaines facettes de sa société. A la fois repoussante et prêtant à sourire, l’installation conduisait son public déstabilisé à poser son regard ailleurs.

Sur cette peau de vache, par exemple, suspendue à l’entrée de la Cathédrale, principal lieu d’exposition. Lieu de nostalgie pour certains, encore inconnu pour d’autres, il a été investi de fantasmes, de gigantesques scènes de sexe désarticulées, et de réinterprétations de contes pour enfants. Sans oublier les focalisations sur des sexes disproportionnés, objets d’attention et de positions alléchantes assez tordues. Entre les cadres, on peut même voir des godes trouant les murs. A l’encontre de tout ordre établi, ces dessins, collages, pochoirs, photos et peintures bousculent nos habitudes visuelles et dénoncent une réalité si complexe que peut-être, l’artiste n’a pas eu d’autre choix que de la représenter de cette façon. Remise en question de sujets tabous ???

Dans une ambiance conviviale, on dévisage ainsi des photos déraisonnées et aguichantes ; des collages excitants et insensés ; des peintures colorées et incitantes…  Au cœur de ce trash palace, un florilège de concerts et performances sont venus renforcer l’atmosphère particulière de cette journée.

Si l’article vous a déstabilisé ; si vous n’êtes pas sûrs d’avoir compris, allez voir l’expo… Vous serez surpris ! La beauté est aussi dans la différence, la dissymétrie… Au fond du puit, on peut être touché par la lumière d’une œuvre sombre.

Le son des musiciens n’est plus, mais leur écho résonne encore dans le mouvement des forgerons au travail, ainsi que dans cette expo piquante, accessible jusqu’au 3 octobre.

Infos:    www.rockerill.com

Texte de Livia Verdelli & Lionel Campion

Photographies de Lionel Campion

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2 Réponses to “Quand la chair branle le métal ! (Flesh Factory Festival)”

  1. negative_rf36/19 septembre 14, 2009 à 12 h 03 mi #

    superbe review ! très belles photos, la grande classe… à la hauteur de cet évènement hors-normes !

  2. Fanny septembre 14, 2009 à 17 h 22 mi #

    super événement… Plein de choses à voir et à entendre. J’espère qu’il y aura une seconde édition… Tant pis pour la nuit de sommeil…

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