Archive | octobre, 2009

Le Ciné le Parc sort de sa chrysalide

27 Oct

« Est-ce que ce siège est libre ? ».

C’est la première fois que je pose cette question au Cinéma Le Parc. Et puis, il n’a jamais fait aussi chaud. Et mmmm, qu’est-ce qu’ils sont confortables, ces nouveaux fauteuils ! J’ai la tête qui s’enfonce sans efforts, c’est doux comme du papier WC Moltonel. Comme de l’ouate !

Je suis à la soirée de réouverture du Cinéma Le Parc et ils passent « Le Ruban Blanc », Palme d’Or du dernier festival de Cannes.

Je peux l’avouer maintenant : nostalgique comme je suis, j’avais quelques réticences face au relooking de mon cinéma préféré. Et s’il perdait son âme, toutes ces petites choses que les consommateurs de pop-corn lui reprochent, mais qui le rendent justement différent des autres ? Différent des ‘gros cinémas’ dont on dit parfois qu’ils n’ont pas d’âme ?

Mais aujourd’hui, je suis convaincue qu’un bon petit coup de neuf, ça ne peut pas faire de mal. Et puis, c’est pas parce qu’ils ont rajeuni leur salle, qu’ils vont commencer à passer des merdes. Enfin, quand je dis « merde », on s’entend hein… Tout est une histoire de goût, et le goût, ça appartient à chacun. Ce que je veux dire, c’est qu’ils restent fidèles à la programmation de qualité qu’on leur connaissait. Un cinéma d’art et essai, ça ne sent pas forcément le vieux, et c’est pas forcément glauque. Arrêtez avec vos vieilles idées reçues !

J’en profite au passage pour relancer la vieille guéguerre entre le cinéma dit « commercial » et « l’autre » cinéma, celui qu’on appelle « d’auteur ». Oui, parce qu’après tout, chaque film qui sort a – forcément – été pensé par quelqu’un, ou quelqu’une, ou toute une série de quelqu’uns et de quelqu’unes grassement payés (ou pas). Même la plus grosse des daubes a dû être imaginée, écrite, tournée, montée, produite et post-produite, avant d’être distribuée, que ce soit sur les écrans ou directement dans les bacs.

Ces appellations toutes faites, véritables étiquettes qui conduisent à de grossiers amalgames dans la tête du « citoyen lambda » (pour peu que celui-ci existe), méritent d’être débattues. S’il y a bien un truc qui m’a toujours fait c****, quand je disais que j’étudiais le cinéma, c’est le moment où on me demandait : « Et c’est quoi, ton film préféré ? ». Question automatiquement suivie de « Que penses-tu du nouveau film de X ou Y », en général d’obscurs réalisateurs qui faisaient l’unanimité au sein du cercle réduit de l’intelligentsia du cinéma. Y avait pas intérêt à avoir manqué la chronique hebdomadaire d’Hugues Dayet.

Moi, j’ai pas de film préféré. J’arrive pas à choisir. Et je n’ai pas honte de dire qu’à l’époque, j’ai aimé « Titanic » et que je trouve le scénario de « Retour vers le futur 2 » super bien ficelé (je suis une enfant des années 80). Et il y a des « films d’auteur » devant lesquels je me suis endormie. Oui, j’ose le dire.

Attention hein, je suis la première à défendre les cinémas d’art et essai et à soutenir leur mission culturelle d’intérêt public : 100% pour la diversité culturelle, le soutien aux petits films indépendants et à la recherche esthétique. J’ai juste envie de dire qu’à force de galvauder le vocabulaire cinématographique et de tout mettre dans des cases, on finit par effacer les nuances et donner des complexes à ceux qui oseraient franchir les portes du Cinéma Le Parc, persuadés qu’ils ne comprendront rien au « vrai » cinéma d’auteur, et qui préfèrent se fondre dans la foule bruyante du CinépointCom (perso, je préférais « Carollywood », c’était un peu plus kitsch).

Rassurez-vous, vous qui êtes allés voir « Le Petit Nicolas » : un « blockbuster », ce n’est pas forcément mauvais, pas plus qu’un « film d’auteur » n’est forcément génial. Un bon film (pour moi) c’est d’abord un bon scénario, des images qui retiennent le regard, et c’est surtout un contenu. Un contenu qui nous dit quelque chose sur nous, et sur le monde qui nous entoure ; un contenu qui nous questionne sur nos habitudes, nos certitudes, nos rêves, nos modes de vie ; un contenu qui éveille des émotions, qui donne envie de dire « Je t’aime» ; un contenu qui nous pousse à changer quelque chose dans notre vie ; un contenu qui nous bouleverse… et auquel on repense le lendemain, le surlendemain, voire des années après.

Si vous aimez ce genre de films, poussez les portes du Cinéma Le Parc. Vous serez surpris de voir ce que les « challengers » du cinéma, ceux que la grosse machine à fric n’a pas voulu produire, ont à vous offrir. Tendez la main aux jeunes cinéastes qui veulent faire leurs preuves. Découvrez des films qui viennent d’ailleurs. Revivez des classiques du cinéma.

Bref, n’attendez plus pour découvrir le nouveau look et le programme d’automne du Cinéma Le Parc, et profiter d’une foule d’avantages :

– Fauteuils hyper confort, et pas encore de cheveux collés dessus

– Ambiance « boîte de nuit » – Accès pour les personnes à mobilité réduite

– Plus de sécurité le soir (la porte se ferme automatiquement et n’est ouvrable que de l’intérieur)

– Un personnel proche et accessible (au sens propre du terme… Vous comprendrez !)

– Un prix compétitif (5,50 et 4,80 étudiants)

– Pas de pop-corn sur les sièges.

– Pas de tentations sucrées à l’entracte

– Pas d’entracte

– Pas (trop) de difficultés pour se garer

Si vous en voyez d’autres, n’hésitez pas à compléter la liste 🙂

http://www.cineleparc.be/

La face B de l’opéra… Dès demain au Vecteur

21 Oct

Soyons honnêtes, lorsque le mot « opéra » est malencontreusement prononcé dans une conversation polie, pas mal d’entre nous développent une forme particulière d’allergie, se caractérisant principalement par des grincements de dents. A l’esprit, surviennent alors des images d’assemblée de vieux snobs endimanchés baillant aux corneilles, jumelles à la main, devant une grosse dame vociférant des paroles d’un autre âge, pendant plus de trois heures.

C’est de quoi nous allons parler !

Non, attendez, ne partez pas !

Il s’agit d’un opéra ELECTRONIQUE ! Intrigant, n’est-ce pas ? On reprend : tout le monde sait ce qu’est un opéra. Presque tout le monde connaît la musique électro (si pas, consultez l’article précédent). On mixe le tout, et on obtient « Dawn, Dawn, Dawn » un Electro-opéra qui prend ses quartiers au Vecteur dès demain.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons un peu de l’origine de cette singulière aventure. A la base du projet, deux femmes, deux parcours. D’un côté, Chrisvds : son truc, le processus de création. Elle a d’ailleurs créé l’agence artistique BAT Concept, qui produit le spectacle. De l’autre, Lili Vox, diplômée des Conservatoires de Mons et de Bruxelles. Musicienne mais aussi, chanteuse lyrique, elle dispose de plusieurs cordes à son arc.

Elles avaient l’idée et la voix. Etape suivante : trouver le texte. Comme le précise Chrisvds, le tandem fonctionne au coup de cœur. Des images fortes, pleines d’émotions, tantôt naïves, tantôt apocalyptiques, chargées de symboles et pourtant tellement proches d’une réalité où suinte la folie de notre société. Bienvenue dans un univers empreint de dualités, sombre et lumineux à la fois: celui de Milady Renoir, poétesse hors du temps. C’est son recueil ‘Intérieur Cuir’ qui inspirera les textes de cette création hors du commun.

Reste ensuite à habiller ce corps éphémère… Les deux conceptrices partent alors à la quête d’autres talents pour donner vie à leur œuvre. C’est ainsi qu’entrent en scène, petit et petit, un danseur, un chorégraphe, un vidéaste, un designer, des musiciens, un concepteur d’enceintes acoustiques et une styliste… « Dawn, Dawn, Dawn » prends harmonieusement forme !

Mettre en avant la complémentarité de chaque discipline, placer tous les protagonistes sous le feu des projecteurs : une autre volonté du duo. Objectif atteint ! Par moments, le visuel prend le pas sur les artistes en scène, il nous hypnotise. A d’autres, le son nous emmène ailleurs. On se surprend même à ne plus regarder la personne, mais les étranges accessoires dont son partenaire l’affuble. Ce tout, cette alchimie, plongent le public dans un voyage insolite abordant avec nuances et audace le vaste thème du cycle de la vie !

‘DAWN, DAWN, DAWN, Electro opéra

www.electroopera.com

les 22, 23 et 24 octobre à 20h30

Au Vecteur 30 rue de Marcinnelle à Charleroi

Entrée 7€ (5€ pour les étudiants)

A l’initiative de Rafales ASBL et du Vecteur

www.asblrafales.be
www.vecteur.be

Et si on reparlait de l’été ? Openfields Festival

19 Oct

Bien que l’actu culturelle ne manque pas en ce moment, la rudesse de l’hiver frappant à notre porte, j’avais envie de me relancer dans un de mes sujets préférés, histoire de se réchauffer un peu : les festivals… ça faisait longtemps !!!

Rappelez-vous, cet été encore, notre belle région n’avait rien à envier à d’autres, en matière de festivités estivales. Profitons-en pour se replonger dans un des derniers festivals de la saison : direction Rêves, Openfields Festival, le 5 septembre dernier.

Pas besoin de vous faire la traduction, vu le nom on a tous compris que ça se passait dans les champs ! Ce que le titre ne dit pas, c’est que ce festival était dédié à l’électro. Une programmation exceptionnelle nous proposait de parcourir les différents courants d’une des cultures les plus marquantes des générations festives actuelles !

L’info étonnante : il s’agissait d’une première édition ! Ca se devait d’être précisé… Quelques chiffres : 4 scènes (dont 3 sous chapiteaux), 70 bénévoles, 3 semi-remorques de matos, une semaine pour le montage – démontage et plus de 1500 entrées !!!

Mais qui a eu cette bonne idée ?

Rappelons qu’un festival électro d’une telle ampleur, c’est une première en Wallonie !!! A l’initiative de cet ambitieux projet, on retrouve trois collectifs assurant chacun la programmation d’une scène.

Commençons par les doyens, Happysnob. Ce collectif organise des soirées électroniques dans la région de Nivelles depuis 2004. C’est également à eux que l’on doit la programmation de la scène électro du Packrock Festival depuis 2005.

Passons ensuite à Synapse. Cette bande de jeunes Carolos a déjà proposé une dizaine d’événements en Wallonie et à Bruxelles depuis 2007, année où ils rejoignent Happysnob pour l’organisation de la scène Electro du Packrock. Leur truc à eux : Drum ‘n Bass, Breakcore et Dubstep. Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, pas très grave, ce qu’il faut retenir, c’est que ça déchire à chaque fois !

Et on termine avec le plus jeune des trois, Boya Entertainement, tout droit venu de la capitale. Multidisciplinaire et alternatif, voilà comment se définit ce collectif regroupant musiciens, DJs, peintres, photographes, vidéastes et même cuisiniers ! Ils ne sont actifs que depuis 2008, mais ils rassemblent déjà entre 300 et 400 personnes lors de leurs événements. Ca promet !

Petit tour du propriétaire…

Non loin d’un golf, dans un cadre bucolique et surtout paisible (hihihi !), se dresse la splendide ferme de Pierpont, sa cour, ses tracteurs, ses prairies, ses chiens … Bref, une ferme, quoi ! Après quatre jours de lifting intensif, la voici métamorphosée, pour une quinzaine d’heures, en gigantesque fête dédiée à la culture électro. Customisation réussie !

On entre sur le site, on franchit les grilles de la cour et nous voilà devant l’Electronic Room. Bienvenue chez Happysnob ! Locaux, nationaux, internationaux, passant de la minimale à l’électro française : une multitude d’artistes, dont Hextatic et les Petits piloux, se sont relayés aux platines dans une ambiance de feu jusqu’au bout de la nuit !

Un petit tour au jardin ? Faisons d’abord une petite pause relaxante dans la Chill Out Zone, où l’on retrouve nos amis de Boya, au son apaisant de l’électronica et de l’ambiant. Ca retape !

C’est reparti, direction  la Drum ‘n Bass Area. Ici, Synapse est aux commandes. Ici, vous l’aurai compris, on vibrait au son de la Drum mais pas seulement… Dubstepp, Breakcore et Reggae étaient aussi de la fête ! A l’affiche, entre autres, Aphone, Pneumotracks et surtout l’incontournable star américaine, Otto Von Schirach pour finir la nuit en beauté !

On n’avait pas parlé de quatre scènes ? Si si ! Juste derrière le chapiteau et le bar de Synapse, au beau milieu de la prairie, tel un village d’irréductibles gaulois, se dressent les tentes de Dfaze. C’est avec une joie très communicative, une convivialité teinte de beaucoup d’originalité et d’une touche d’extravagance, que ce collectif français bien implanté dans le milieu alternatif est venu fêter avec nous ses dix ans d’existence. Happy Birthday  Dfaze !!!

Voilà, on a fait le tour, et quel tour !

Mais j’oubliais une chose : faire la fête, c’est bien mais la faire intelligemment, c’est encore mieux. Je m’explique : en mettant sur pied ce projet, les organisateurs ont mis un point d’honneur à minimiser l’impact écologique de leur événement.

Concrètement, une charte comprenant 21 actions durables avait préalablement été établie. C’est ainsi qu’on retrouvait notamment des toilettes sèches sur le site. Et en plus d’être sèches, elles étaient drôles ! Vous avez déjà uriné dans un casque, vous ? Quant à la promo, les affiches, flyers et autres étaient imprimés sur du papier recyclé et l’encre utilisée était végétale et biodégradable.

L’équipe est même allée plus loin en misant sur la sensibilisation du public. Réfléchir un peu en faisant la fête, ça ne peut pas faire de mal… A l’extérieur du site, festivaliers mais aussi riverains et  promeneurs étaient invités à découvrir un Eco-Market où la place était faite aux artisans et aux producteurs locaux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y en avait vraiment pour tous les genres et tous les goûts. Ca, c’est du rassemblement ! Chapeau à l’équipe !

Vivement l’année prochaine !!!

Je terminerai quand même par un petit conseil à l’attention des distraits :

Sachez que les greens de golf ne sont pas des parkings ! A méditer…

Reportage : Djool

Photos : Emilie

Plein les yeux, Plein la Rue!

7 Oct

Sur la place du Bourdon, une table, quelques chaises, deux becs de gaz. Carina s’affaire. Le matin, elle fait la soupe, l’après-midi, des crêpes. On s’assied, on mange, on devise. Carina est comédienne. Elle joue avec les passants qui veulent bien lui emboîter le pas. Un couple lui apporte des épices marocaines et lui donne la recette, quelques uns mangent,  repartent, puis reviennent… Plus loin, d’autres comédiens de la compagnie « Arts nomade » ont installé qui un salon, qui une salle de bains, qui une coiffeuse, toujours sur un tapis d’herbe fraîche, et toujours avec le souci de rencontres autres, d’humour et de rêve.

C’était le dernier week-end de septembre.

Une fête de quartier pas banale, parce que c’est une première, avec « Plein la rue ». L’Eden, avec l’aide de l’Agence  Culturelle de Sambraisie,  a voulu faire la fête chez lui, avec ses voisins, et en collaboration avec les associations, nombreuses, installées dans le coin. Une fête tournée vers le quartier, avec la volonté de rencontrer, enfin, ai-je envie de dire,  les habitants sur leur lieu de vie.

Mais quel est-il ce quartier ? En prémices, j’ai rencontré pour Sambraisie, un mois durant, ceux qui y vivent. Ils m’ont raconté leur histoire, celle du quartier, ils ont posé leurs questions, exprimé leurs désirs, leurs rancoeurs, leurs espoirs. Tout cela a servi de base aux comédiens, ils ont pu là-dessus broder, approfondir, explorer ; une expo de textes et photos a renvoyé un retour aux habitants et visiteurs, un petit journal a été largement distribué.

Trois jours durant, donc, fête. Apéritif urbain, vendredi soir, à l’Institut St Joseph, préparé par les étudiants et animé par les djembés de « Togoviwo », une association qui est installée rue de France. Magnifique concert de Karil Baggili le soir. Et le samedi, sous le soleil, toutes ces animations pour petits et grands, des expos, un dédale, des contes, des concerts de métal et de hip hop, avant le bal populaire sur la place du Bourdon. Pendant ce temps, l’artiste Loeïz Le Guillerm « emballait » l’Eden dans une structure de tubulures qui est un beau poème éphémère, et à laquelle chacun pouvait participer. Il avait auparavant métamorphosé les murs de l’Eden les cachant, les révélant, à travers ses constructions de carton. Et puis, en final, le concert de la Manouch’Banda…

Durant ces trois jours, je me suis promenée là-dedans avec plaisir, à en oublier le parcoville encombré de déchets, les trottoirs éventrés, les fenêtres muettes, la place du Bourdon si tristounette et si mal conçue. Et les gens du quartier qui y sont venus y ont vécu leurs rues et leurs voisins autrement. Une première. Un début. Sans grand flonflons, mais avec du cœur, avec le souci de rencontrer les gens là où ils sont, de les faire participer à cet Eden, à ces associations qu’ils ne connaissaient parfois pas, de leur en ouvrir les portes, de leur donner envie… De leur montrer leur quartier autre, vivant, empreint de rencontres et de solidarité, de dépasser les clivages, d’apprécier la richesse de leur multiculturalité. Et de poursuivre… Car eux, les habitants, ils ont à dire… Evidemment, on ne fait pas le portrait d’un quartier en quelques mots, en quelques pages, en quelques semaines… On ne noue pas de liens profonds en quelques rencontres et en une fête…

Mais Céline Lefebvre et Laure Houben ont bien l’intention de poursuivre.

Reportage:  Marie-Claire Blaimont

Photos: Jean-Marie Debèque