Derrière les murs – ‘Illégal’, au Ciné Le Parc

24 Oct

A Face B, on est fans du Cinéma Le Parc. Parce que c’est un petit cinéma dans un cul-de-sac artificiel, parce qu’il résiste, encore et encore, à l’envahisseur.com,  parce qu’on trouve l’équipe fort sympathique, parce qu’ils passent des films en VO, parce qu’ils organisent des vernissages, parce que tous les premiers lundis du mois, ils passent des classiques du cinéma sur grand écran, parce qu’ils lancent ce jeudi un cycle de documentaires musicaux qu’on ne risque pas de voir ailleurs 🙂 (voir agenda).

Et parce qu’ils programment depuis le 6 octobre le nouveau film du réalisateur belge Olivier Masset-Depasse, petit chef-d’oeuvre sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en mai dernier, prix de la meilleure interprète féminine au FIFF et nominé à la prochaine course aux Oscars.

‘ILLEGAL’ aborde la problématique très tabou de ceux et celles qu’on appelle les ‘sans papiers’ et de leur détention en centres fermés. Comme on a le bras long, on a dégoté pour vous une interview du réalisateur, réalisée par une de nos plumes enthousiastes, au récent Festival International du Film Francophone de Namur.

Avec Illégal, à travers l’histoire de Tania, une immigrée clandestine enfermée dans un centre fermé qui refuse de dévoiler son identité pour protéger son fils, vous collez un visage, une histoire et des émotions à un sujet sensible.  Pourquoi avoir choisi de traiter cette thématique ?

Ce n’est pas vraiment moi qui ai choisi le sujet, il s’est imposé de lui-même. Simplement en regardant la télévision, j’ai été saisi d’un malaise par rapport à ces enfermements d’innocents et j’ai eu envie de savoir ce qui se passait derrière ces grilles. Il y a beaucoup de films sur les sans-papiers, et de très bons, comme Welcome, par exemple… Mais c’est la première fois qu’on montre ce qui se passe derrière les grilles d’un centre fermé. J’ai voulu le faire comme un vrai film de cinéma et faire tendre le drame vers le thriller psychologique, en donnant une sensation de tension, de pression. Parce que ces gens vivent sous pression en permanence.

Le film nous fait pénétrer à l’intérieur d’un centre fermé avec un réalisme saisissant. Comment vous-êtes vous documenté pour le préparer ?

J’y suis entré. Avec un journaliste du Soir, Hugues Dorzée, et un juriste de la Ligue des Droits de l’Homme. Le service des étrangers se trouvait alors dans une situation où il lui semblait plus judicieux de communiquer. On a donc réussi, en insistant, à obtenir l’autorisation de rentrer dans le centre 127bis. On ne pouvait pas filmer mais on pouvait s’imprégner, observer, interroger les gens. On a donc pu avoir une vision assez large tant au niveau procédural que psychologique et capter quelques éléments d’ambiance : voir des enfants en pyjama à 16h, voir leurs mères lobotomisées par les calmants… Dans l’aile des familles, j’ai été particulièrement frappé par l’état de délabrement total des lieux : des graffitis au mur, la moitié des néons éteints, etc.

L’héroïne est une femme. Or le titre du film est au masculin, Illégal… A quoi, à qui s’applique-t-il ?

C’est le système qui est illégal. Il est très loin des droits fondamentaux que nous revendiquons. Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’on enferme des gens qui ne sont pas des criminels. Quand on prive quelqu’un de liberté, forcément on sème le doute sur cette personne : si on l’enferme, c’est qu’il a fait quelque chose. Oui, c’est vrai, ils n’ont pas de papiers. Mais ces gens sont des gens comme nous.

Dans Cages, l’héroïne séquestrait son homme infidèle ; dans Illégal, le contexte est très différent mais il est aussi question d’un enfermement…

Il y a des éléments de continuité. Ce personnage féminin, d’abord, qui me suit, qui grandit avec moi. Une femme déterminée, froide, un peu rude mais prête à tout. Une femme forte, « bigger than life ». Et puis, il y a cette notion d’enfermement. Mais il y a une différence fondamentale. Autant dans Cages, je tournais autour de choses intérieures, autant ici, je m’intéresse aux autres. Je me suis rendu compte que j’en sortais plus riche. Quand on fait un film comme Illégal, on en ressort un peu moins bête. Parce qu’on a dû enquêter, revoir l’histoire de la Russie, etc. Un peu comme un mémoire de fin d’études quoi !

Comment envisagez-vous la direction de vos acteurs ? Vous êtes plutôt directif ou vous leur laissez une grande marge de manœuvre ?

Je suis plutôt directif. Sur le tournage, mon but, c’est que l’acteur ne réfléchisse pas. Donc, je l’embête tout le temps. En amont, on travaille beaucoup ensemble. Pour ce film, comme il fallait en plus apprendre le russe, ça a duré cinq mois. On a fait pas mal de lectures et de répétitions avant. Le plus important pour moi, c’est que l’acteur ait son personnage avant le tournage. Pendant le tournage, on est dans la spontanéité.

Vous connaissez bien le FIFF… Vous êtes notamment venu pour Cages en 2006 (qui a remporté deux prix). Content de revenir ?

Très content ! Et très honoré d’être en ouverture.

Quel est l’intérêt d’un festival comme le FIFF pour un réalisateur?

C’est un festival qui a un impact certain en Belgique. De plus en plus en France. Pour moi, le FIFF, c’est plutôt une relation émotionnelle et familiale. J’aime bien ce festival et ce qu’il véhicule, cette bonne humeur ambiante…

Est-ce qu’il y a des films en particulier que vous avez envie de voir à cette édition ?

Cette année, il y en a beaucoup, oui. Malheureusement, je ne pourrai pas les voir parce que j’ai une promo d’enfer mais je me rattraperai. Je citerais en particulier Au nom des Gens et le Guillaume Canet (Les petits Mouchoirs).

Votre passage au Fiff est-il l’occasion de lancer de nouveaux projets et lesquels ?

J’ai plusieurs projets en tête, dont un qui me prend aux tripes. Il est un peu en continuité avec Illégal. J’aime bien l’idée du thriller politique, dans la ligne de Costa-Gavras. Ca me titille. Mais il faut que ce film-ci sorte. C’est comme un bébé, il faut qu’il sorte pour que je puisse passer à autre chose.

Et par rapport au fait que le film ait été sélectionné pour représenter la Belgique aux Oscars ?

Je suis sur un petit nuage. Je me sens fier, honoré. C’est une belle surprise.

‘Illégal’, au Cinéma Le Parc jusqu’au 9 novembre 2010. Horaire des séances sur http://www.cineleparc.be/programmation_affiche.php?v=view&m=876

Interview réalisée par J.B. dans le cadre du Quotidien du Festival International du Film Francophne de Namur (FIFF) http://www.fiff.be/fr/Programmation/Le-Quotidien2

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Une Réponse to “Derrière les murs – ‘Illégal’, au Ciné Le Parc”

  1. Steve Dujacquier octobre 31, 2010 à 10 h 13 mi #

    Olivier masset depasse est le premier chanteur de Ice Spliff (www.myspace.com/icespliff)

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