Portraits

Ils font bouger Charleroi

Ils ont un projet ; ils créent, font découvrir, exposent ; ils sont les petites mains qui travaillent dans l’ombre; ils font connaître Charleroi à l’extérieur… Ils sont nombreux, ceux et celles qui font bouger Charleroi aujourd’hui.

On vous les présente, un par un, dans un lieu de Charleroi qui leur ressemble.

Images : Jérôme K

Interview : Charleroi Face B

4°// Le Rockerill

Lauréat des ‘Mérites Associatifs’ et nominé dans la catégorie artistique au ‘Carolo de l’année’ : on pourra dire ce qu’on veut, le Rockerill méritait bien un brin de reconnaissance, depuis le temps qu’il transforme en or la poussière de l’industrie.

Derrière le jeu de mot, basé sur le nom de l’industriel John Cockerill, il y a un pari fou, lancé il y a presque 5 ans : ressusciter une usine désaffectée de Marchienne-au-Pont en transformant un lieu historique du patrimoine Carolo en temple de la culture alternative. Le Rockerill, c’est l’asbl ‘Rockerill Productions’, les Forges de la Providence mais aussi un collectif d’artistes, les Têtes de l’Art. Pour représenter ce petit monde, nous avons choisi de donner la parole à Globul et à Bénito.

Ping-pong doux-amer entre deux ‘jeunes vieux’ qui ont connu la grande époque où Charleroi bougeait, bougeait, et qui sont un peu las d’attendre le renouveau

Carte d’identité

Jean-Christophe Gobbe:

Né le 5 octobre 1966

Formation : comptable

Profession :   contrôleur comptable chez Dexia (si si)

DJ, programmateur artistique et administrateur de l’asbl Rockerill Productions.

Bénito Artoy:

Né le 2 avril 1966. Marchiennois fier de l’être.

Formation : décorateur, expert en matière de synthèse + une flopée d’autres formations artistiques aux Beaux-arts

Profession : créateur d’ambiances. Membre des Têtes de l’Art.

Notre rubrique s’appelle ‘lls font bouger Charleroi’. Pour vous, est-ce que Charleroi bouge ?

Bénito : Pas suffisamment. Je trouve qu’on se morfond.

Globul : c’est vrai qu’il y a de plus en plus d’acteurs culturels et que l’offre se diversifie toujours plus. Ce qui est dommage, je trouve, c’est que le public n’est pas assez réceptif. Dans les événements culturels, ce sont toujours les mêmes qu’on voit ! Il n’y pas suffisamment de gens qui ont envie de découvrir des choses différentes.

Bénito : Moi, c’est les jeunes que je ne comprends pas. On ne les voit pas. Où sont-ils ???

Globul : C’est un problème d’éducation. Nous, on a toujours été à la recherche de nouveautés. Même quand on était jeunes, on allait hors des sentiers battus. C’est clair qu’à l’époque, des jeunes ‘standardisés’, il y en avait déjà. Mais j’ai l’impression que le phénomène est plus important aujourd’hui. Et je me demande comment les jeunes d’aujourd’hui s’intéresseront à la culture alternative, d’ici  5 à 10 ans ?

Bénito : en comparaison avec les années 80, où la Belgique entière sortait à Charleroi, les lieux de sortie ne sont plus assez diversifiés aujourd’hui.

Globul : mais à ce moment-là, il y avait 10 boîtes au centre-ville ! Le Jimmy’s, le Phœnix, le Hit… Une ville qui bouge, ça attire du monde ! Charleroi avait encore de l’argent à l’époque, il y avait plus de ressources. C’est un élément qui influence, je pense. Aujourd’hui, la région est économiquement faible.

Bénito : et puis, la ville manque d’éclairage.

Globul : je ne pense pas qu’on puisse désigner une cause en particulier, mettre le doigt dessus et arrêter l’hémorragie. Le problème est global. Il faut que la Ville arrête de penser « Charleroi, ville sportive » par exemple. Le Sporting et les Spirous, c’est du pain et des jeux ! Il faut donner un rôle plus important à la culture. On est en train d’aller dans ce sens, mais pour moi, ce n’est pas encore ça.

Bénito : on nous dit ‘Charleroi 2011’, mais moi, le bazar industriel, j’y ai toujours cru. Pour investir une usine avec pas un balle, il y a 18 ans, il fallait y croire. Maintenant, c’est à la mode. Ils sont bien gentils, les politiciens, ils viennent nous voir, ils s’émerveillent, « Aaah, c’est beau, vous avez un chouette endroit »… Mais qu’ils donnent des liards !

Globul : La plupart des politiciens wallons sont venus visiter le Rockerill, et ils trouvent tous ça génial. Mais à part du charbon et du béton, on n’a pas reçu grand-chose, mais les choses commencent à bouger grâce à des personnes qui croient en nous depuis le départ de cette aventure. 2011 va nous apporter davantage de moyens.

Ca démarre fort 🙂Et si vous nous expliquiez comment vous faites bouger Charleroi ?

Globul: on fait ce qu’on est Globul : On fait ce qu’on est, et on essaie de partager nos connaissances. Personne n’est néophyte dans l’équipe du Rockerill. On  pourrait dire que le lieu est mal situé, parce que Marchienne, dans la tête des gens et surtout des gens de l’extérieur, c’est la commune la plus laide de Charleroi, c’est la grisaille, les usines… Mais on dispose d’un outil exceptionnel : le bâtiment. On essaie d’y proposer une programmation tous publics. Il y a des stages pour enfants, des concerts, des soirées, des expos pour tous les âges. On a, bien sûr, une marque de fabrique alternative, moins standardisée, mais on organise aussi des événements moins ‘underground’, comme des concerts de jazz et des bals populaires.

Bénito : Le Rockerill, c’est aussi les Têtes de l’Art. Mon but à moi, c’est de faire bouger par l’image et par la couleur. Mon projet pour cette année par exemple, c’est de mettre de la couleur et d’émettre un signal, comme un sonar. Projeter comme une onde l’image de Charleroi, de Marchienne. Je vais même avoir la prétention de dire que Charleroi existe grâce à Marchienne 🙂 La Providence, c’est un endroit symbolique. Le terme ‘Providence’, c’est quand Dieu a créé les choses parfaitement.

Et quelle est l’histoire de cette ‘providence’ ? Comment est né le Rockerill ?

Bénito : d’un côté, il y avait Mikka (NDLR : Michael Sacchi) qui cherchait un lieu permanent pour le collectif des Têtes de l’Art. A l’époque, ils étaient nomades et ils allaient de lieux improbables en lieux improbables pour organiser leurs événements. Mikka en avait marre, et il cherchait un point d’attache, où on pourrait installer des ateliers et organiser des concerts. D’un autre côté, il y avait Thierry (NDLR : Camus) qui voulait s’acheter un bateau à Ibiza. C’est alors qu’on a appris que le bâtiment des Forges de la Providence, ancien Musée de l’Industrie, était à vendre. Il était voué à la destruction. Alors Mikka et Thierry ont acheté le bâtiment ensemble, en 2006. Et l’asbl Rockerill Productions est née.

Globul : à l’époque, je travaillais pour le Coliseum ou je mixais également (NDLR : mais ouiiii, souvenez-vous, les tout bons ‘Discobar’ des premiers vendredis du mois !!) et j’ai décidé de rejoindre l’équipe du Rockerill. J’ai vu ça comme une opportunité : on allait peut être reculer, mais pour mieux sauter. Reprendre tout à zéro, mais dans une direction qui nous collait à la peau.

Comment définiriez-vous le Rockerill dans le paysage culturel Carolo ?

Globul : je dirais qu’on offre un endroit complètement Carolo. Le passé industriel, c’est notre essence et on ne doit jamais l’oublier. Pour moi, le Rockerill se démarque par l’âme du bâtiment, c’est indéniable. Quand les gens passent la porte, ils sont le cul par terre. Ca, c’est quelque chose qui me fait toujours plaisir. Le lieu est accueillant, mais l’équipe aussi est accueillante. Au-delà de ça, on incarne un certain esprit d’ouverture. On est vraiment impliqués dans le paysage culturel Carolo, on collabore avec tout le monde. On reçoit aussi de nombreuses demandes de l’extérieur, des artistes ou des collectifs qui veulent exploiter le lieu. Mais on manque de moyens pour pouvoir répondre positivement à toutes les sollicitations.

Bénito : Historiquement, le Rockerill est un phare… Un phare, ça te signale quand t’arrives sur une terre. C’est un port d’attache aussi. Que ce soit Thierry, Sophie, Géraldine, Mikka… Chacun d’entre nous laisse quelque chose au Rockerill : un cablâge, du mobilier, des affiches, un atelier de sérigraphie… Puis, le Rockerill me fait penser à Bruges. A Bruges, la mer a disparu mais les gens continuent de venir visiter la ville. La Providence, c’est la même chose : les ouvriers sont partis, mais on vient toujours leur rendre visite

Comment voyez-vous l’avenir du Rockerill ?

Bénito : le Rockerill, c’est encore un gosse : il a 3 ans, il a toute la vie devant lui ! C’est comme la Sagrada Familia à Barcelone : un lieu qui est en permanence en mouvement. Personne ne sait ce qu’il va devenir.

Globul : notre objectif majeur, c’est d’avoir une salle opérationnelle toute l’année, mieux adaptée et plus confortable qu’actuellement. Ca implique de gros travaux : refaire les corniches, la toiture, les vitres, et placer des faux plafonds pour isoler la salle de concert. Or, notre subside de fonctionnement couvre à peine les charges, le cadastre et l’entretien des bâtiments. Le problème, c’est qu’on n’a personne à temps plein qui pourrait s’occuper de rendre des dossiers et de rechercher des subsides, et dans l’équipe, on a tous notre boulot et nos activités, en-dehors de la gestion du Rockerill. Ce côté-là, ce n’est pas évident… Le point positif, c’est qu’on reçoit de plus en plus de demandes et que la notoriété du Rockerill est grandissante. On parle de plus en plus de nous. Le petit caillou lancé dans l’eau commence à diffuser ses ondes. A l’instant présent, nous avons reçu de bonnes nouvelles qui sont de bonne augure pour la nouvelle saison qui s’annonce.

Charleroi et vous ?

Un bar :

Bénito : Le Noir Chien (Marchienne, route de Beaumont)
Globul : Il n’y en a plus que j’apprécie !

Un resto :

Bénito : chez Luigi, à l’Emozione (latina).

Globul : j’aimais beaucoup l’Amor Amore mais malheureusement ils ont dû fermer. Il y a aussi Tapas Milongas, le Florian, la machine …. Et chez Robert 🙂

Un endroit pour draguer :

Bénito : j’aimerais bien qu’on m’y emmène !

Globul : dans les soirées… De mes platines, je vois beaucoup de choses, et je peux te dire que ça drague sec en soirée, ça chasse 🙂

Un lieu pour se promener

Bénito : Le passage de la Bourse, ou le chemin de hallage le long de la Sambre, la nuit, près de la gare, avec les reflets des lumières dans l’eau.

Globul : La rue de Dampremy.

Un lieu à transformer :

Bénito : Tous ! A commencer par installer des marquises devant les lieux culturels pour fumer sa clope à l’abri !

Globul : Faudrait limiter le nombre de night shops et de snacks type durums… On n’en a pas besoin d’autant sur un périmètre si restreint ! Regarde la Place du Manège par exemple… La ville traîne à s’améliorer, faudrait que ça aille plus vite ! Il faut redonner la ville aux habitants, la faire revivre.

Un quartier / une rue :

Bénito : J’aime bien la terrasse des Mille colonnes, au bout de la rue du collège.

Globul : Certainement davantage la ville basse que la ville haute. Ca commence à devenir chouette, avec le piétonnier, etc. J’espère que ça va continuer comme ça, il faut amener les gens à se promener.

Un film

Bénito : Blade Runner (visuellement parlant) et Brazil (pour le côté administratif)

Globul : L’impitoyable poursuite, moyen métrage avec en toile de fond les usines, la Providence. Celui-ci est réalisé par notre ASBL, un beau cadeau de fin d’année 🙂

Une chanson :

Bénito : ‘C’est comment qu’on freine ?’, d’Alain Bashung.

Globul : Gangsters d’amour : ‘Coûte que coûte’

Une œuvre d’art :

Bénito : la colonne de Martin Guyaux (NDLR : face au Ministère des Finances). J’étais là quand il l’a coulée, en performance live, j’te jure qu’y avait personne qui bronchait ! C’est aussi de là que vient mon goût pour l’industriel

Globul : le beffroi de l’Hôtel de Ville.

Un panorama :

Bénito : au-dessus de la tour de la Brasserie des Alliés à Marchienne

Globul : au sommet des terrils de Charleroi, où j’ai passé une partie de ma jeunesse.

Le ‘C’ de Charleroi

Bénito : Créa tif

Globul : Chaleureux

Qui d’autre que vous fait bouger Charleroi ?

Globul : le PAC, l’équipe du Vecteur, Nathalie Delattre …

Bénito : Nicolas Chevalier, Emilie Jacquy et Michaël Sacchi.

Le mot de la fin ?

Bénito : J’aimerais que les instances décisionnelles de Charleroi soient plus attentives à ceux qui apportent des choses à la ville… et qu’elles les soutiennent.

3°// Charleroi Adventure

 

« Quand j’ai rencontré Nicolas à un vernissage à Anvers et qu’il m’a dit qu’il était de Charleroi, je lui ai dit que c’était mon rêve d’y aller. Et on y est allés ».

S’il y en a qui font bouger Charleroi, c’est bien eux. Avec leur safari urbain, Liv et Nicolas ont drainé dans la ‘ville la plus laide du monde’ des vagues de touristes amateurs de clichés à casser… et irrité une grande partie des Carolos en osant l’impensable. Entre popularité et incompréhensions, le tandem que l’on aime détester revient sur un an d’aventure au Pays Noir.


Carte d’identité

Nicolas BUISSART

Né le 22 décembre 1979

Formation : boucher, puis soudeur-ferronnier, puis designer

Profession : actuellement à la recherche d’un ‘emploi’ (a récemment acquis de l’expérience en tant qu’agent touristique)

Liv VAISBERG

Née à Cannes il y a presque 30 ans

Formation: littéraire, puis juridique, carrière en affaires européennes dans le secteur de la culture, en parallèle artistique diplôme de peinture

Profession: Entrepreneur, veut créer des safaris dans toutes les villes industrielles d’Europe et pas que !

A créé www.ponyhof.be. A créé www.livvaisberg.com. Va bientôt créer rentacook.be. Mais adoptawalloon.be a malheureusement déjà été fait.

1. Notre rubrique s’appelle « Ils font bouger Charleroi ». Selon vous, est-ce que Charleroi bouge ?

Nicolas : Sur le plan tectonique, oui. Charleroi ne bouge pas moins que les Pays-Bas ni que la France, vu qu’on est situés sur la même plaque. Au niveau culturel, ça bouge pas mal, pour une communauté de villages.

Liv : Je ne suis ni carolo, ni belge, donc bien sûr je vois la ville de façon neutre et je la compare facilement à d’autres villes similaires qui ont su se reconvertir en misant sur le côté artistique. Pensez Leipzig, pensez Liverpool, pensez la Ruhr! J’ai l’impression que les Wallons sont trop modestes et pas assez entrepreneurs, c’est pour ça aussi que presque tous les ‘Bed and Breakfast’ de Wallonie sont tenus par des Néerlandophones! Ils ne se rendent pas compte que la gloire industrielle c’est du passé, mais que leur ville a une allure digne du patrimoine de l’Unesco et que pleins de gens sérieux s’y intéressent. Je trouve ça dommage que les usines ne soient pas utilisées pour accueillir des artistes et des expos, des concerts ou des ballets. Il faut savoir se vendre (c’est mon côté néerlandais qui ressort)!

2. On nous a dit que vous faisiez bouger Charleroi. Expliquez-nous comment

Liv: C’est simple: on parvient à attirer toutes sortes de gens dans cette ville, sans parler des médias. Mais pour moi ce qui compte, c’est qu’on a réussi à attiser la curiosité des gens qui ont des a priori en arrivant, mais qui repartent toujours contents de leur journée! On joue sur leur côté voyeur en leur promettant Dutroux etc, mais en réalité, les safaris n’ont rien de voyeur. La démarche est beaucoup plus subtile que ça. Maintenant qu’on apporte les éléments extérieurs, j’espère que ce sont les Carolos qui prendront la relève et feront bouger leur ville, car j’aime beaucoup Charleroi, mais je ne compte pas y passer toute ma vie!

Nicolas : Je fais des bêtises. Des gadgets inutiles et invendables, comme le bouchon en cheveux, par exemple. La plupart des Belges se revendiquent du surréalisme quand ils sont en vacances en France… Moi, j’essaie de faire de la bêtise un art. Designistiquement parlant, je suis un fils spirituel de Gaston Lagaffe.

D’où vous est venue l’idée du safari?

Nicolas : Il y avait cette idée qui planait. Des gars avaient le même concept, mais le leur était trop gentil et passait par l’obtention de subsides (et mes penchants sexuels m’interdisent de faire la pute pour obtenir des subsides). Donc on a voulu faire un coup fort, une sorte de terrorisme, c’était la seule manière pour se faire un peu remarquer. Au début, c’est la presse – essentiellement la presse néerlandophone – qui nous a fait de la pub. Ca a amené beaucoup de monde sur notre site internet. Les journaux wallons par contre, ne s’intéressent pas à ce genre d’infos. Ici, les gens sont conservateurs, ils ont une mentalité à la con. N’y a-t-il plus de progressistes à Charleroi !??

Liv : La première fois que je suis venue à Charleroi, c’était par attrait des paysages post-industriels, mais aussi parce que, si certains s’aventurent au Musée de la photo ou transitent par l’aéroport, personne ne manifestait d’intérêt à venir visiter la ville. Et j’aime bien faire des trucs comme ça, allez dans des endroits ou personne ne va – a priori – le week-end, comme Wuppertal, Doel ou la banlieue de Liège. Quand j’ai rencontré Nicolas à un vernissage à Anvers et qu’il m’a dit qu’il était de Charleroi, je lui ai dit que c’était mon rêve d’y aller. Et on y est allés. Il m’a raconté plein d’histoires et d’anecdotes et m’a emmenée dans des endroits que je n’aurais jamais dénichés toute seule. J’ai tellement adoré ma journée que je me suis dis : « Si moi j’aime, d’autres vont aimer ». Alors j’ait dit à Nicolas : «Viens, on fait un truc! ». Et voilà! Mais je reste l’oeil « extérieur » qui s’extasie quand même chaque fois devant un terril ou une petite usine mignonne. Ceci dit, je me sens solidaire de cette ville… D’une certaine manière, Charleroi est devenue un peu ‘chez moi’.

Votre safari existe depuis un an. Comment a-t-il évolué ?

Liv: Il y a un an, on marchait au bouche-à-oreille, principalement via mes amis eurocrates de la Commission et du Parlement Européen, qui ont l’humour décalé et qui voulaient soutenir mon idée débile de faire des safaris. Un an plus tard, on a tout un tas de gens des plus divers et variés qui veulent venir car ils ont vu ça à la télé ou en ont entendu parler dans les journaux…. Il y a même des gens qui reviennent et d’autres qui font le déplacement tous seuls. On ne peut pas nier l’impact  réel de notre concept sur le tourisme à Charleroi !

Nicolas : En fait, les touristes ont les chocottes de venir seuls à Charleroi, ils veulent un ‘local’ pour les guider. Une fois qu’ils ont compris que la réputation d’insécurité, c’est du vent, ils reviennent seuls. J’ai déjà vu des Hollandais organiser leur brûlage de culotte ici. Y a pas mal de photographes aussi, qui viennent faire de l’exploration urbaine dans le cadre de leur club photo, parce qu’ils sont attirés par le côté industriel, les usines abandonnées, les hangars abandonnés, le métro abandonné, la ville abandonnée et les gens abandonnés. Puis il y a ceux qui ont envie de sortir de leur ville et d’en découvrir d’autres. Ceci dit, le public reste majoritairement néerlandophone. Pour beaucoup de flamands, le safari, c’est comme une main tendue vers eux.

Alors que nos voisins du Nord sont séduits, vous rencontrez beaucoup moins de sympathie auprès des politiques et du public carolo. Comment le prenez-vous?

Liv : Je ne comprends pas, vraiment. La Ville n’a jamais essayé d’entrer en contact avec nous, le public est plutôt indifférent alors qu’ils ne réalisent pas qu’on fait du bénévolat pour améliorer l’image de leur ville de manière efficace depuis un an. Tant pis. Paradoxalement, ils veulent développer du tourisme « urbain »?!

Nicolas : Moi, je viens de couper mes cheveux pour passer inaperçu et j’ai plongé dans une espèce d’autisme. Je commence à cherche un emploi.

Nicolas, avec le safari, on a beaucoup parlé de toi… Tu n’as pas pris la grosse tête ?

Nicolas : Non, parce que ce n’est que du vent… Mais grâce à ça, j’ai rencontré plein de gens sur Charleroi.

Liv: Tu parles! Mais tu dis toujours que c’est « ton » safari!!

Mais ça te plaît quand même, non ?

Nicolas : Oui, bien sûr ! C’est ça, la beauf attitude. J’pouvais pas aller à la Star Ac, alors j’ai créé mon propre truc J Mais sérieusement, ça m’a fait du bien. J’avais envie de faire un truc fun avant mes 30 ans, j’ai toujours eu besoin de faire des bêtises.

Liv, on te connaît moins, ici à Charleroi, on dirait que tu restes un peu dans l’ombre… Je me trompe ?

Liv: C’est parce que je suis un être plus modeste que Nicolas! Plus sérieusement, je pense que ça part de deux choses. D’abord j’ai raté le coche à un moment, l’été dernier, en étant absente à quelques reportages télés, parce que j’étais très occupée par d’autres projets persos. Ensuite – et surtout – parce que je ne viens pas de Charleroi. Ou parce que je suis ‘the brain’, et que Nicolas fait mieux la starlette que moi!

3. Charleroi et vous :

UN BAR

Nicolas : le Petit Bruxelles

Liv: je ne vais que dans les deux bars sous la tour (NDLR : Place Albert Ier) quand j’attends les participants, ça leur donne une bonne entrée en matière avant les trois tours de ring.

UN RESTO

Nicolas : le restaurant social à Dampremy (4,10 euros pour un plat)

Liv: le seul resto ou je suis allée à Charleroi était sur la place des beaux-arts, un grec avec des photos serbes aux murs et qui servait de la choucroute alsacienne. Tous les restos et brasseries de toute manière sont devenus des bars depuis janvier, ils disent que servir à boire et laisser fumer rapporte plus que servir à manger! J’adore.

UN ENDROIT POUR S’EMBRASSER

Nicolas : ma camionnette

Liv : oh Nico! Dans le métro de Dampremy. Dans le creux d’un terril….

UN ENDROIT POUR CREER

Nicolas : les ronds-points

Liv : le mur d’ ‘expression libre’ (NDLR : Marchienne-au-Pont)

UN MAGASIN

Nicolas : le nouveau petit GB en-dessous de la tour communiste (j’adore y prendre un croissant avant un safari)

Liv : le ‘tout à un euro’ dans la rue la plus déprimante de Belgique (je sais, c’est facile J)

UNE RUE/UN QUARTIER

Nicolas : la rue Goor (Charleroi Neuville)

Liv : les sex-shops de la rue derrière le nouveau petit GB, en dessous de la tour communiste (Triangle). Ils sont quasi tous à vendre ou à louer, c’est très différent du ‘Red Light District’ d’Anvers, si capitaliste!

UNE SAISON

Nicolas : l’été

Liv : l’hiver

UNE CHANSON

Nicolas : « In Charleroi » de Tom Pintens (Deus)

Liv : C’est pas juste, Nico répond aux questions avant moi! Bien sur « In Charleroi », je l’ai toujours en tête quand je m’apprête à faire un safari, j’adore cette chanson ! Sinon il y a aussi « Bochum » d’Herbert Grönemeyer, qui chante fièrement sa ville natale de Bochum, une ville similaire à Charleroi dans la vallée de la Ruhr (Allemagne), et dont il n’a pas peur – lui – de chanter la laideur.

UNE BOISSON

Nicolas : une Jupiler 33 cl

Liv : le V8 (jus de légume) ou comment le prolo et la bobo s’expriment par la boisson.

UN PANORAMA

Nicolas : au-dessus de chez Giorgio (Réservoir A)

Liv : moi aussi j’adore au dessus de chez Giorgio, mais bon, je ne peux nier les panoramas des différents terrils… Même après les avoir escaladés je ne sais combien de fois, je ne m’en lasse jamais!

UN LIEU A TRANSFORMER

Nicolas : le bois de Loverval… C’est dégueulasse, toute cette verdure

Liv : toutes les usines abandonnées. Pas en lofts ‘fashion’, mais en ateliers, en lieux de créativité.  Ou en parc d’attraction de type ‘Efteling’(Pays-Bas)!

UN FILM

Nicolas : « Goodbye Lenin« 

Liv: « Deserto Rosso » d’Antonioni, une esthétique parfaite d’usines et de nature qu’on pourrait reproduire à Charleroi (Antonioni avait repeint usines et arbres pour un meilleur effet!).

LE ‘C’ DE CHARLEROI

Nicolas : Crappé

Liv : Créatif, Culture, Cool, Changement au lieu de Crado, Crapuleux, Contrit, Commérage…

4. Qui d’autre que vous fait bouger Charleroi ? (3 noms)

Nicolas : Udini et l’équipe du Rockerill, Pascal et l’équipe du Vecteur, Olivier Colassin de l’académie de Châtelet

Liv : J’ai les mêmes noms, enfin, les même références… Je ne suis et resterai qu’une étrangère à Charleroi!

2°// Stéphane Nottet

« En tant qu’artiste, si je peux égayer la ville et faire bouger les autres, pourquoi ne pas essayer? »

 

Stéphane Nottet désobéit en rue. Sur nos ronds-points, sur nos terrils, il sème son art. Stéphane désobéit à la chrétienté : il transfigure la Trinité. Avec les Têtes de l’Art, il expose régulièrement dans les anciennes Forges de la Providence. Face B part à la découverte de cet artiste étonnant à la démarche singulière, au sens propre comme à l’artistique.

 

 

Carte d’identité

Stéphane Nottet, 44 ans, né le 26 mai 1965 à Namur. Après une période bruxelloise, s’est installé à Charleroi où il vit aujourd’hui.

Formation : Arts graphiques

Profession : artiste plasticien presque autodidacte.

 

Stéphane, bonjour ! On te rencontre dans le cadre de notre rubrique « Ils font bouger Charleroi ». Toi, est-ce que tu trouves que Charleroi bouge ?

J’ai un avis mitigé. Vu de l’extérieur, en tant que spectateur je veux dire, j’ai l’impression que Charleroi tourne en rond. Certes, il y a un public qui se déplace entre les différents lieux culturels, mais chaque structure garde son identité propre. Le Vecteur, c’est bien, mais ça reste le Vecteur. Idem pour l’Eden par exemple. Le noyau organisateur, les responsables, eux restent peu mobiles. Je trouve ça un peu dommage, dans une petite ville comme Charleroi.

Il paraît que tu fais bouger Charleroi en habillant l’espace public. Tu nous expliques ?

Je fais de l’art urbain. J’investis les endroits que je trouve moches et j’essaie de les embellir à ma manière. Je dépose des oeuvres anonymes et je mets les gens devant le fait accompli pour les interpeller. Naïvement, j’attends un retour, que d’autres personnes ou artistes investissent les lieux abandonnés, laissés pour compte… Après, il y en a qui passent 50 fois devant et qui ne remarquent rien, et d’autres qui sont touchés. En tant qu’artiste, si je peux égayer la ville et faire bouger les autres, pourquoi ne pas essayer ? Tous les jours, tu vois la même chose… Et puis, un jour, quelque chose a changé ! Avec peu de moyens, tu bouleverses le quotidien et tu peux rendre les gens heureux.

Elle te vient d’où, cette idée ?

J’ai vraiment commencé à créer à l’âge de 30 ans. J’ai commencé par emmerder les politiciens en faisant une fausse campagne pendant la période électorale. Puis j’ai investi une station service désaffectée, à Luttres. J’ai collé des dessins sur la vitrine, et je venais régulièrement les remplacer par d’autres. En 2006, à l’occasion de « Code 0110 » – à l’initiative de Tom Barman – il y avait des concerts  gratuits contre l’extrême droite, notamment à Charleroi, et j’ai eu envie de faire quelque chose, en plus des événements musicaux. J’ai pris contact avec le propriétaire du terril de la Blanchisserie (NDLR : sur la route de Mons, vers Marchienne), j’ai escaladé le terril et y ai planté 12 grandes colombes stylisées. Elles ont tenu deux mois avant d’être vandalisées. Plus récemment, j’ai égayé le rond-point entre la route de Mons et la route latérale avec des animaux que j’avais dessinés. Ils sont restés là pendant 5 semaines et là, j’ai eu des retours, des gens qui me disaient qu’ils avaient apprécié l’initiative, et même un article dans Charleroi magazine…

En quelque sorte, ton art urbain, c’est de la désobéissance civile, non ?

Si on veut… C’est vrai que techniquement, faire une fausse campagne politique, c’est interdit, tout comme transformer des lieux publics sans autorisation. Et je le fais ouvertement, je plante mes créations en pleine journée, donc, oui, on peut dire que je fais de la ‘désobéissance civile artistique’.

L’art urbain à Charleroi, c’est comme une évidence ?

Charleroi, je trouve ça marrant. Tout le monde dit que c’est moche, tout le monde a peur. Moi, je la trouve magique, cette ville ! En 5 minutes, tu peux être à la campagne, comme tu peux être sur un terril avec vue sur l’industrie. Les gens sont plus sympas et authentiques ici qu’à Bruxelles, et je préfère Charleroi à Namur, qui est trop propre, trop impersonnelle. Et puis, c’est la ville où je vis et travaille, c’est ici que je viens boire des verres, donc c’est normal que j’investisse les lieux ici.

A côté de ça, tu as des expos plus ‘classiques’ avec notamment, une série sur l’ ‘Art Chrétien’. Pourquoi cet intérêt pour la chrétienté ?

C’est plutôt dû au hasard. J’ai habité un moment près de la Place du Jeu de Balle, dans les Marolles à Bruxelles, et j’avais l’habitude de faire la fin du marché aux puces, pour récupérer les trucs que les gens n’achètent pas et dont les brocanteurs ne veulent plus. Et en fait, dans les invendus, ça pullule de crucifix et de statues chrétiennes. C’est là que j’ai commencé ma collection.

Faut-il voir dans cette manière de détourner la Trinité, une revanche sur une éducation judéo-chrétienne ?

Peut-être. C’est vrai que je ne suis allé que dans des écoles catholiques… Mais avant tout, à la base de ma démarche, il y a la création. Ce que j’aime, c’est magnifier les objets à ma manière. Je prends un objet que je trouve moche ou kitsch, et je l’embellis. Quand tu chipotes depuis plus de dix ans avec la chrétienté, tu évolues et tu te dis : « Qu’est-ce que je peux encore faire avec ça ? ». Alors récemment, j’ai récupéré un baby-foot et j’ai remplacé toute l’équipe par des Jésus. J’ai fabriqué un Jésus lance-pierre aussi. Et maintenant, je planche sur un Jésus tire-bouchon. Mais moi, mon boulot, c’est de créer. Je ne suis pas très doué pour défendre mes œuvres, je laisse aux autres le soin de les interpréter.

Pour ton portrait, tu as choisi le terril de la Blanchisserie et le rond-point qui lui fait face. Pour quelle raison?

C’est un peu ma galerie personnelle, mon lieu d’exposition, là où je vais déposer des choses. Il est facile d’accès, le rond-point est large, il y a une bonne visibilité et beaucoup de passage. Et apparemment, personne n’en veut, de cet endroit !

Charleroi et toi :

–         Un bar : La Quille

–         Un resto : aucun

–         Un endroit pour s’embrasser : le sommet d’un terril

–         Un endroit pour créer : les lieux laissés à l’abandon

–         Un magasin : ‘TROC’ à Jumet, pour me salir les yeux

–         Une rue : le quartier de la Ville Basse. Je trouve la Ville Haute plutôt moche. A la Ville Basse, il y a encore des vieux J

–         Une saison : l’été (parce qu’on peut boire un verre en terrasse)

–         Une chanson : une chanson triste à mourir… L’aigle noir ?

–         Une boisson : un Orval

–         Un panorama : le sommet du terril de la Blanchisserie

–         Un lieu à transformer : la Providence (Marchienne-au-Pont)

–         Un film : ‘Les convoyeurs attendent’ (ça ne plaît pas aux gens, quand on rappelle le côté glauque de Charleroi)

–         Le ‘C’ de Charleroi : Charmant !

Qui d’autre que toi fait bouger Charleroi ?

Trois personnes ? Je dirais Nicolas Buissart (Charleroi Adventure), Michaël Sacchi (Rockerill) et Pascal Verhulst (Vecteur).

 

Bientôt un nouveau rond-point ! Soyez attentifs 🙂


1°// Peggy Francart

« Chaque moment de la vie peut être artistique »

La Compagnie Tak /Tak tournoie comme un OVNI dans le ciel de la culture à Charleroi. On l’entr’aperçoit par ci, elle repasse par là, légère et furtive, avec ses spectacles enivrants et ses ateliers où « tout le monde danse ». Portrait de Peggy Francart, animatrice-coordinatrice.

 

Qui es-tu, Peggy Francart ?

Peggy Francart, 34 ans, née à Charleroi (maternité Reine Astrid) le 1er septembre 1975

Origines diverses dont polonaises.

Formations : Danseuse, scénographe.

Profession : coordinatrice et animatrice de TAK/TAK

Notre nouvelle rubrique s’appelle « Ils font bouger Charleroi ». Toi, tu trouves que Charleroi bouge ?

Des personnes qui bougent, oui, il y en a. Des moyens de bouger, pas tellement… Quand je suis revenue ici à 20 ans, Charleroi était dans le creux de la vague, et je me suis dit que ça ne pouvait qu’aller mieux. Dix ans après, on est toujours dans l’attente. Pour moi, Charleroi c’est un peu comme quelqu’un qu’il faudrait rééduquer après une cryogénisation. Dans certains domaines, je dirais même que les choses ont empiré : l’état des rues, la propreté et la sécurité par exemple. Je suis souvent à pied et je ne suis jamais complètement à l’aise quand je traverse la ville le soir : c’est désert ! Au niveau culturel, par contre, il y a plus d’envies, plus d’énergies. Des collaborations se mettent en place, mais on est encore loin de l’exemple de Lille 3000. La culture a pris une dimension sociale, ce qui est une très bonne chose, mais le problème, c’est que souvent, les projets sont faits à l’arrache. La coordination pour tout mettre en place est en général assez kafkaïenne. Du coup, il reste peu de temps réel pour la création. Il existe des tas d’opportunités pour développer des idées, mais elles manquent de visibilité. Il faudrait les centraliser pour que tout le monde puisse tenter sa chance. La Maison Pour Associations (MPA) travaille en ce sens mais je crois que trop peu de personnes le savent.

On nous a dit que tu faisais bouger Charleroi… ou plutôt les Carolos. Comment ?

En leur faisant onduler le corps, remuer le bassin et taper des pieds ! Le leitmotiv de Tak/Tak, c’est que « tout le monde danse ». Peu importe l’âge, la stature, la flexibilité, tout le monde est capable de danser, même les moins valides.

 

Pourquoi « Tak/Tak » et pourquoi à Charleroi?

Tak, c’est le bruit que font les pieds quand ils frappent le sol. C’est aussi des syllabes qu’on utilise en danse pour marquer le rythme. Puis, « Tak » ça veut dire « oui » en polonais. Il y a deux « Tak », séparés par une ligne, ça évoque les similitudes par delà les frontières.

Pourquoi à Charleroi ? Hé bien, j’y suis née, j’y suis revenue par amour et j’y reste par défi. Par ailleurs, Charleroi a toujours entretenu un lien étroit avec la danse, avec le Ballet Royal de Wallonie puis Charleroi Danses. On est gâté en opportunités de spectacles à voir. Charleroi est aussi un territoire où des cultures d’horizons multiples se croisent, s’échangent. J’aime développer des projets autour de la danse à Charleroi avec tout ce monde.

 

Quelle est l’histoire de Tak/Tak?

A la base, je viens de la danse classique, qui est une discipline rigoureuse. A 20 ans, je me suis intéressée à la danse orientale et j’y ai découvert une façon plus humaine de bouger. Moi qui analyse les mouvements d’une façon mathématique, ça a transformé ma façon d’aborder la danse, qui a pris un tournant plus « contemporain ». Je suis captivée par ce qui se passe à l’intérieur du corps, et comment cela résonne à l’extérieur. C’est de là qu’a émergé la Compagnie Tak/Tak, en juin 2003. Je voulais vivre de ma passion et la partager. Il a fallu s’accrocher mais aujourd’hui, Tak/Tak est reconnue comme Centre d’Expression et de Créativité par la Communauté Française et dispose d’un studio de répétition au Palais des Beaux-Arts pour les activités. J’organise des ateliers, des stages pour petits et grands, qui débouchent sur des projets que l’on présente sur scène ou en rue. Mais ce qu’on préfère, c’est danser dans la rue!

 

Et qu’est-ce qu’on fait, concrètement, dans tes ateliers ?

Ma philosophie, c’est d’apprendre aux gens non pas des chorégraphies rassurantes, ficelées de A à Z, mais des bases de mouvements et techniques pour créer.  Par exemple, un atelier parcourt les danses du monde, via les mouvements qu’elles ont en commun ; les autres développent des projets qui rebondissent entre la danse et les arts plastiques. L’idée est de retrouver une liberté de mouvements à l’intérieur d’un cadre. Il y a donc un aspect improvisation, mais à partir de consignes données au départ.

Pour y parvenir, j’ai créé un outil pédagogique qui peut être utilisé dans diverses disciplines. Car pour dessiner comme pour danser, c’est le même langage qu’on utilise. Il se présente sous forme d’un jeu de cartes à danser, un jeu des familles qui permet  de décomposer les mouvements du corps. Il y a la famille « points du corps, articulations », la famille « lignes et formes », la famille « directions et axes », la famille « couleurs », la famille « émotions », etc. Elles représentent une palette d’ingrédients qu’il faut ensuite sélectionner et assembler.

Avec les cartes, je donne des consignes aux participants, comme des règles du jeu pour partir à la découverte des possibilités d’expression. Je dis toujours « On essaie, et si c’est raté, c’est pas grave », parce que mon objectif, c’est d’abord que les participants se fassent plaisir. Je veux leur montrer que chaque petit moment de la vie peut être un moment artistique. En général, ils sont émerveillés de découvrir ce qu’ils sont capables de faire. Mon objectif, ensuite, c’est de les amener à se surpasser.

 

Tu parlais de partenariats culturels. Est-ce que tu as des partenaires à Charleroi ?

Oui, je travaille en collaboration avec le CEC Couleur Quartier. Pour l’instant, je développe aussi des ateliers avec les écoles pour Charleroi Danses. J’organise aussi des stages au BPS 22 à l’occasion de certaines de leurs expositions temporaires. J’aime pousser plus loin le lien entre la danse et les arts plastiques, en orientant l’atelier de manière à ce qu’il fasse écho à l’expo. En général, ça donne envie aux participants de repousser les portes du musée par la suite, tout comme lorsque j’emmène les Tak/takiens et les Tak/Takiennes voir des spectacles de danse contemporaine.

 

Tu as choisi le parking des Expos pour te faire tirer le portrait. En quoi il te ressemble ?

Je l’ai choisi parce qu’il est enneigé et qu’il y a des traces de dérapage de voitures. Le parking me fait penser au cadre que je fixe dans mes ateliers. La couche blanche, c’est comme un tapis, une toile, une grande feuille qu’on aurait installés. Et les traces de dérapage, c’est comme si les gens s’étaient donné plein de libertés pour tracer des droites et des courbes.

 

Charleroi et toi

Un bar : celui qui sera réinventé autour de la piste lumineuse disco de l’ancienne « Réserve »

Un resto : celui qui sera érigé dans une bulle posée au creux des pattes du Marsupilami

Un endroit pour s’embrasser : l’arbre du Marsupilami

Un endroit pour danser : les passages pour piétons

Des bonnes frites : Avant, je pouvais citer 3 endroits. Je lance donc un appel : quel est le resto ou le snack qui sert de vraies frites « maison », coupées à la main ?

Un projet : 1001 projets !

Un rond-point : ceux qui sont vides, plus particulièrement celui qui a « sauvagement » accueilli une œuvre durant plusieurs semaines (NDLR : à l’embranchement de la route de Mons et de la route qui longe le canal vers Marchienne Docherie)

Un magasin : je viens de découvrir un supermarché chinois avec de magnifiques guirlandes de fleurs et de jolis plateaux plein de couleurs, à la rue Neuve

Une rue : la rue Peines Perdues, car si on l’a appelée comme cela, c’est parce qu’aucune bombe n’a réussi à la toucher.

Une saison : les saisons des festivals !

Une chanson : ‘Mon Pays’ par Double D

Une boisson : du jus de Sambre

Un panorama : il y a le panorama panoramique : the ring ! Et si on se place plus loin, il y a les terrils pour le contraste verdoyant.

Un lieu à transformer : il reste quelques travaux chez moi… ;-D

Le « c » de Charleroi : cryogénisation ou… se transformera-t-il en O lorsque la boucle du métro sera finie ?

 

Qui d’autre que toi fait bouger Charleroi ?

C’est difficile, y a plein de gens qui font bouger Charleroi… Comme ça, à chaud, je dirais Nicolas Buissart de Charleroi Adventure, Bruno Delaet de Rafales, Stéphane Nottet des Têtes de l’Art ou encore Ghislain Olivier, des Editions de l’Heure. Mais la liste n’est pas exhaustive !

 

Le mot de la fin ?

Répondre à une interview autour de Charleroi permet de se poser plein de questions : de mieux cerner, pour creuser et extraire de nouvelles pistes d’exploration. Merci Face B !

Plus d’infos sur Tak/Tak sur http://toutlemondedanse.canalblog.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 Réponses to “Portraits”

  1. buissart juin 22, 2009 à 9 h 38 mi #

    euh !
    y’a un groupe philharmonique amstellodamois qui vient le 3, 4 août.
    ils vont faire 3 représentations.
    ils cherchent des plans pour loger et manger.
    puisque vous êtes dans les bonnes grâces des gros, vous voulez pas m’aider a les aider ?

    http://www.ricciotti.nl/

  2. francart janvier 23, 2010 à 4 h 23 mi #

    Très curieuse de découvrir ce groupe philarmonique amstellodamois… Pas besoin d’être dans de bonnes grâces pour que Tak/Takiens et Tak/Takiennes leur offrent gîte et couvert.

  3. charleroifaceb janvier 23, 2010 à 11 h 12 mi #

    Très gentil à toi Peggy, mais il s’agit d’un ancien commentaire de Nicolas, en juin 2009, et le Ricciotti Ensemble est déjà venu et reparti (et c’était vraiment très chouette!)

  4. schwickert patrizia janvier 23, 2010 à 13 h 18 mi #

    une lux≠homme-bourgeoise achève TAK/TAK en tant que
    = Transfrontalière Aisance Kalos’ique / Tiroir Artistique Kinésthésique

  5. Philippe janvier 23, 2010 à 18 h 10 mi #

    J’aime bien le concept. L’idée est originale de mettre en valeur des gens et leurs projets. Je vote pour évidemment.

    Je ne venais que très rarement sur votre site car il y manquait, à mon humble avis, du concret et du réel. Maintenant avec ce type d’interviews c’est chose faite et hop il file dans mes liens que je consulte régulièrement.

    Continuez car l’idée est top.

  6. Incise, espace d'exposition à Charleroi mars 11, 2010 à 11 h 46 mi #

    Merci Peggy de ton énergie, de ton enthousiasme, de ton regard amoureux et lucide sur Charleroi.

  7. jerome-k mars 25, 2010 à 1 h 07 mi #

    Excellent!

  8. Philippe juin 15, 2010 à 7 h 37 mi #

    Interview intéressante de Liv et Nicolas Buissart. Liv a vraiment tout compris sur la mise en valeur du patrimoine industriel comme dans la vallée de la Rhur par exemple. On voit qu’elle sait de quoi elle parle. J’étais très (trop ?) réticent à ce safari. Cette lecture a calmé un peu mon point de vue maintenant je ferai le safari pour voir de quoi il en retourne réellement.
    Par contre vous direz à Liv si vous la croisez que son avis est pertinent de sens et de raison.

    • charleroifaceb juin 15, 2010 à 8 h 42 mi #

      Cool que l’interview ait permis de mieux comprendre la démarche… C’était un peu le but! Bonne journée Phil!

  9. bialkowski juin 15, 2010 à 8 h 46 mi #

    je crois que je vais revenir habiter à Chaleroi (notez l’absence du « R »). Ces gens sont motivants !
    A bientôt au café des 8 heures !

  10. Alex mars 10, 2011 à 17 h 15 mi #

    Désolé de réagir un an après la parution de l’article. Mais HELP est-ce que je suis vraiment le seul à pas cautionner ce que fait Buissart? J’ai pourtant pas l’impression d’être un vieux réac. Les reviews de ce glorieux safari qu’on a pu voir dans Knack et Télémoustique récemment me laissent un peu sur le cul. Je veux bien jouer aux wanna be/arty/ugly is the new beautiful et co pendant 5 minutes mais franchement j’ai du mal à voir le bénéfice pour Charleroi (pour l’auteur très bien). Ou est-ce que le fait d’aller faire boire un verre au Vecteur à ces « touristes » justifie tout?

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